La victoire creuse de Netanyahu

Par Patrick J. Buchanan – Le 26 mars 2010

« Le peuple juif construisait Jérusalem il y a 3000 ans, et le peuple juif construit Jérusalem encore aujourd’hui. Jérusalem n’est pas une colonisation. C’est notre ville. »

Avec cette déclaration imprégnée de défi, jusqu’à une ovation tonitruante de l’AIPAC, Benjamin Netanyahu informait les États-Unis que Jérusalem-Est, capturé par la Jordanie dans la guerre des Six Jours, n’est pas une terre occupée. C’est la terre israélienne et elle est israélienne à jamais, et aucun État palestinien ne partagera Jérusalem. Uniquement Israël peut décider de ce qui s’y construit.

Avec sa déclaration et son refus de reculer sur la décision de construire 1600 nouveaux logements dans Jérusalem-Est, ce qui a annulé la mission Biden, « Bibi » rentre chez lui comme un gagnant sur Barack Obama.

Mais c’est un triomphe temporaire et une victoire creuse sur les alliés les plus indispensables d’Israël. Parce que l’affrontement a révélé que la perception des intérêts vitaux d’Israël se heurte désormais aux intérêts vitaux des États-Unis au Moyen-Orient.

C’est maintenant très clair. Il y a maintenant une lumière du jour visible entre les politiques américaines et israéliennes que tout le monde peut voir. Et l’Amérique ne peut pas reculer sans éviscérer sa crédibilité dans le monde arabe et musulman.

Quels sont les principaux points de discorde ?

Pour Netanyahou, le retrait de Gaza a été une erreur stratégique qui a conduit à une prise de contrôle du Hamas et des roquettes sur Israël. Cette bévue ne se reproduira pas avec la Cisjordanie. Israël avait vécu une période infernale à forcer 8000 Juifs à quitter Gaza et ne forcera pas 250 000 Juifs à quitter leurs terres ancestrales en Cisjordanie afin d’y créer un État palestinien, où il existera toujours cette possibilité que le Hamas remporte la victoire par les urnes et devienne le gouvernement. Quant à Jérusalem, les limites de la ville sont maintenant les frontières permanentes d’Israël. L’annexion est irréversible.

La position américaine ?

La Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, est un territoire occupé. Y construire viole le droit international. La paix exige un partage de Jérusalem, le retour de la quasi-totalité de la Cisjordanie et le retrait des colonies juives. Et toutes les terres annexées par Israël doivent être compensées par l’octroi de terres israéliennes cédées aux Palestiniens.

Que la position américaine ne soit pas une position anti-Israël est attesté par le fait que les Premiers Ministres, Ehoud Barack et Ehud Olmert, sont venus près d’un traité de paix avec les Palestiniens sur la base de ces principes.

Netanyahou, cependant, ne les accepte pas. Car il s’est emparé du pouvoir en les dénonçant, et, dans sa coalition au pouvoir, il y a des partis qui s’opposaient non seulement au retrait de Gaza, mais ils s’opposent également à un État palestinien.

Compte tenu de ces positions inconciliables, donc de cette impasse, pourquoi Israël ne l’emporterait pas comme il l’a toujours faitf dans de telles collisions ? Pourquoi le « Non » de Bibi à la demande d’Obama pour l’arrêt des constructions de colonies et l’annulation des 1600 unités de logement à Jérusalem ne serait-il pas la réponse définitive et irrévocable que Barack Obama devra accepter à contrecœur ?

Réponse : Il y a un nouveau parti dans la querelle : les militaires américains, en la personne du général David Petraeus.

Selon le magazine Foreign Policy, en janvier, une délégation d’officiers supérieurs du commandement du Général Petraeus a été envoyée pour informer le Président des Chefs Conjoints de l’Administration du Personnel, Michael Mullen.

« Les orateurs ont signalé qu’il y avait un sentiment croissant parmi les dirigeants arabes selon lequel les États-Unis étaient incapables de tenir tête à Israël, que les partenaires principalement arabes du CentCom perdaient confiance dans les promesses américaines, que l’intransigeance d’Israël sur le conflit arabo-palestinien mettait en danger le statut des États-Unis dans la région, et que George Mitchell lui-même était … « trop vieux, trop lent et trop tard ».

Mullen a amené ce message strident selon lequel l’Amérique était considérée comme trop faible pour tenir tête à Israël, et que la position des militaires américains s’érodait dans le monde arabe comme résultat, directement à la Maison Blanche. Ainsi, quand Joe Biden a été laissé de côté en Israël, il semble qu’il ait déchiré Bibi en privé.

« Cela commence à devenir dangereux pour nous », aurait apparemment dit Biden à Netanyahu. « Ce que vous faites ici porte préjudice à la sécurité de nos troupes qui combattent en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. »

Yedioth Aharonot a en outre signalé : « Le vice-président a dit à ses hôtes israéliens que puisque de nombreuses personnes dans le monde musulman perçoivent un lien entre les actions d’Israël et la politique américaine, toute décision sur ces constructions qui sapent les droits des Palestiniens envers Jérusalem-Est pourrait avoir un impact sur la sécurité personnelle des troupes américaines. »

Biden disait que l’intransigeance israélienne pourrait coûter des vies américaines.

Chaque nouvelle expansion des colonies, chaque nouvelle saisie des biens palestiniens, chaque nouvel affrontement en Cisjordanie entre soldats israéliens et palestiniens enflamme les rues arabes, humilie nos alliés arabes, montre la faiblesse de l’Amérique devant Israël et met en péril nos troupes et leur mission en Afghanistan et en Irak.

Puisque ce message a maintenant été délivré par le Général Petraeus à son commandement en chef, Obama ne peut tout simplement plus reculer à nouveau. S’il ne peut pas protéger les intérêts américains, qui sont compromis par les actions israéliennes, il perdra le soutien de ses soldats.

Les relations américano-israéliennes approchent maintenant le moment du « Pour quel côté penchez-vous ? ». Cette fois-ci, soit Bibi recule ou Obama perd ses soldats.

http://www.humanevents.com/article.php?id=36214

Traduit par Oscar Blais

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